Gilles Leroy, Le Goncourt 2007 pour Alabama Song, vit dans le Perche depuis 10 ans. Article de Pèlerin.info

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Alabama Song
Le Goncourt 2007 récompense un roman poignant de Gilles Leroy (éd. Mercure de France ; 15 €) qui raconte le destin tragique de la belle Zelda, femme de l'écrivain Francis Scott Fitzgerald.


Depuis dix ans, Gilles Leroy vit dans le Perche. Loin des paillettes et des mondanités de son roman, Alabama Song, qui vient d'être primé par les jurés du prix Goncourt. L'écrivain a quitté l'enseignement et en a fini avec le journalisme. Il a choisi la sérénité de la campagne pour guérir du deuil de ses parents. Auteur d'une dizaine de livres où s'affrontent ses souvenirs, il a composé, avec son enfance, un véritable univers littéraire : son récit de 1990, Maman est morte, était d'une sincérité poignante.

Alabama Song apparaît, à première vue, très loin de ses blessures d'orphelin. Il y raconte la vie déchirée de la belle Zelda, épouse de Francis Scott Fitzgerald, l'auteur de Gatsby le Magnifique. Bien que le texte soit documenté et fidèle, il ne s'agit pas d'une biographie. Gilles Leroy a pris le parti d'une narration à la première personne. « Je suis Zelda Sayre, la fille du juge. La future fiancée du futur grand écrivain. » La jeune fille est issue de l'aristocratie du sud des Etats-Unis. Elle rencontre son futur mari en 1918, lors d'un bal donné en l'honneur des soldats qui partent pour la guerre en France. Elégant lieutenant de 21 ans, Fitzgerald rêve de gloire littéraire. Zelda, elle, ne pense qu'à une chose : quitter l'Alabama. Leur mariage sera célébré au printemps 1920. Une jeune femme ravissante et brillante, un écrivain célèbre et tyrannique... Leur bonheur ne durera que le temps d'une bulle de champagne. Très vite, le couple s'abîme dans les disputes, l'alcool, la dépression. C'est cette descente aux enfers que Gilles Leroy fait raconter à Zelda.
Zelda, douloureuse héroïne d'une tragédie

Fitzgerald la fait interner, lui vole ses manuscrits - « J'ignorais que Scott lisait mes cahiers. (...) Ces mots de moi, il les copiait, texto, parfois des dialogues, des pages entières qui formaient les nouvelles alimentaires qu'il envoyait à New York, dans mon dos. » Scott veut empêcher sa femme de publier, et méprise son goût pour la peinture et la danse. Entre deux séances d'électrochocs, elle se défend de toutes ses forces, avant de sombrer. Sa fin est terrible : huit ans après son mari, Zelda mourra dans l'incendie de l'hôpital psychiatrique où elle est internée.

Alabama Song est porté par une étrange vérité. L'auteur habite le personnage de Zelda. Il comprend sa solitude et sa douleur avec tant d'empathie ! C'est à peine croyable qu'un homme soit l'auteur de cette confession intime. A l'instar de Flaubert qui disait « Madame Bovary, c'est moi ! », Gilles Leroy s'est identifié à Zelda, corps et âme.

Parmi les cinq nominés pour ce Goncourt, Pèlerin avait deux favoris : A l'abri de rien, d'Olivier Adam, et Le rapport de Brodeck, de Philippe Claudel, de très beaux romans humanistes, proches de ses convictions. Mais Alabama Song mérite son prix. L'écriture est magnifique. On oublie l'univers décadent dans lequel vit l'héroïne pour n'entendre que son cri déchirant. Qui résonne longtemps après avoir refermé le livre.

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