Créer son emploi à la campagne - article du Monde- Le Perche cité 2 fois.
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Créer son emploi à la campagne
LE MONDE ARGENT | 27.06.07 | 12h26 • Mis à jour le 27.06.07 | 12h34
uitter la ville, c'est changer de vie et, surtout, d'activité. Car les emplois salariés sont rares dans les petits villages. "Attention aux désillusions ! Vivre à la campagne n'est pas toujours facile. Il faut à la fois élaborer un projet de vie, un projet résidentiel et un projet professionnel", prévient Jean-Yves Pineau, directeur du collectif Ville-Campagne.
La 4e édition de la Foire à l'installation en milieu rural a accueilli 3 500 visiteurs. "Nous avons de moins en moins de rêveurs et de babas cool. Ils ont des projets professionnels précis et réalistes", se félicite M. Pineau, coorganisateur de cette manifestation. Le profil type ? Un couple actif, entre 35 et 60 ans, avec une proportion grandissante de cadres (43 % aujourd'hui, contre 28 % en 2005). Ils sont 42 % à souhaiter créer une activité et 25 % à envisager d'en reprendre une existante.
S'installer à la campagne signifie souvent créer son activité professionnelle de toutes pièces. Ainsi, en Corrèze, un jeune artisan, Fabrice Roubeyrie, a lancé la construction de maisons en rondins pour une clientèle nationale. Son carnet de commandes est plein.
Dans le Perche (Orne), un ingénieur neurobiologiste venu de la région parisienne s'est reconverti dans la fabrication d'un biscuit à base de farine et de miel, le Croquelou, dont il a retrouvé la recette au fond d'un tiroir et qu'il vend dans les commerces locaux. Michel Marchand, ex-dessinateur de lotissements, a ouvert un écosite original, à La Motte-Chalançon (Drôme), où il est possible de dormir sous une yourte, un tipi ou dans une roulotte.
Même en zone rurale, il existe quelques secteurs professionnels sous tension et à la recherche de main-d'oeuvre, parfois salariée, comme le bâtiment, les services d'aide à la personne ou l'artisanat, notamment la charpente-menuiserie. Les campagnes manquent également de professionnels dans le secteur médical et paramédical : kinésithérapeutes, infirmières, ostéopathes...
Etant donné le prix du foncier, les projets agricoles viables sont ceux qui consomment peu de terrain, avec des produits à forte valeur ajoutée, et qui se combinent avec de l'artisanat ou de la vente directe. La culture de plantes médicinales, aromatiques, ou de fruits et légumes vendus par le réseau des Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne (AMAP) en est un exemple.
Une AMAP réunit localement une cinquantaine de familles qui s'engagent à acheter chaque mois un panier de fruits et de légumes à un agriculteur, qui peut ainsi tabler sur un revenu régulier. Transformer soi-même ses produits et proposer, par exemple à partir de sa production de pommes, du jus ou du cidre bouché, en vente directe, est aussi source de profit.
L'expérience de Véronique Lazerat qui, dans la Creuse, cultive du safran qu'elle vend désormais dans le monde entier (30 000 euros le kilo), est un succès. Originaire de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), elle a suivi des études de botanique à l'école du Breuil à Vincennes. Après quelques expériences professionnelles, elle s'est installée, en 2000, avec ses quatre enfants dans la Creuse : "De mes études de botanique, je me suis souvenue que le safran n'exigeait pas une grande superficie et, comme je ne disposais que de 1 200 m2, je les ai entièrement plantés."
Pari réussi, car la récolte a été neuf fois plus abondante que prévu, sur un sol pourtant granitique alors que le safran est réputé pour ne s'épanouir que sur sol calcaire. Elle a dégagé un bénéfice dès la première année et a déjà doublé sa surface initiale de production.
Attention, certains secteurs d'activité sont saturés, comme le tourisme et les gîtes ruraux, avec une rentabilité rognée par la lourdeur de l'investissement immobilier. Pour réussir dans l'hôtellerie ou la restauration, mieux vaut connaître le métier et avoir une solide expérience. C'est le cas de ce couple de Belges qui a ouvert un bar-restaurant-traiteur dans le sud de la Corrèze, - après avoir géré de grands hôtels-restaurants -, qui attire de nombreux visiteurs belges et hollandais.
Dans un village de 500 habitants, dans le Perche, un Parisien, ancien cadre dans la restauration, a ouvert un café-restaurant dont la qualité de la cuisine assure le succès. Quant au commerce, mieux vaut privilégier la multiactivité : café-brocante, Internet ou encore épicerie-boulangerie...
Enfin, avant de s'installer, il est utile de faire le tour des interlocuteurs et de connaître l'environnement institutionnel : "Je suis frappé par l'ignorance des citadins sur le rôle des différentes institutions en zone rurale. Elles peuvent pourtant leur apporter une aide précieuse", explique M. Pineau. Il y a, certes, la commune et son maire, mais aussi les pays, les communautés de communes ou les chambres consulaires de commerce et d'artisanat.
Isabelle Rey-Lefebvre
Article paru dans l'édition du 24.06.07.