Interview dAlain MORIN, Président de la Fédération des Amis du Perche (deuxième partie).
L’interview comprend 4 articles.

Fabrice DESCHAMPS : Pouvez-vous nous préciser les origines de la Fédération des Amis du Perche ?
Alain MORIN: C’est le 23 avril 1947 que Georges MASSIOT a fondé l’association des Amis du Vieux Nogent. Une association très de conservation des souvenirs du passé et de la protection des sites comme on en voit naître aujourd’hui pour la sauvegarde des églises notamment.
Fabrice DESCHAMPS : Une petite rue nogentaise (entre la rue Saint-Hilaire et la place Saint-Pol) porte le nom de Georges Massiot ? Pouvez-vous nous dire qui était Georges MASSIOT ?
Alain MORIN : Aujourd’hui aucune rue ne porte le nom de Georges MASSIOT ni même une salle du château Saint-Jean qui doit pourtant sa sauvegarde à la ténacité de ce dernier.
Signalons pour l’anecdote que c’est en cachette que Georges MASSIOT a effectué les relevés des plans et des élévations du monument qui servirent au classement de l’édifice. Un classement obtenu le 3 mars 1952 soit un peu moins de deux ans après l’acquisition de ce château emblématique de l’histoire du Perche par la ville de Nogent-le-Rotrou (avril 1950).
La rue dont vous me parlez est celle qui fut attribuée à Toussaint Jean-Baptiste MASSIOT qui n’était autre que le grand-père de Georges MASSIOT. Le premier nommé tenait son étude d’avoué, à Nogent-le- Rotrou place du Marché, aujourd’hui place Saint-Pol, au n° 24. Il fut maire de Nogent-le-Rotrou à trois reprises, de 1843 à mars 1848, de novembre 1850 à 1860, et de 1868 jusqu’en septembre 1870. On lui doit de grandes transformations dans le centre- ville, notamment la construction du nouvel hôtel de ville ainsi que l’actuel pont Saint-Hilaire. La rue qui porte son nom est celle qui fut percée à l’emplacement de l’ancienne mairie.
Fabrice DESCHAMPS : Mais qui était, alors, Georges MASSIOT ?
Alain MORIN: Né le 17 août 1875, il s’est éteint en 1962. Il consacra une cinquantaine d’années de sa vie à la radiologie. Au travers de l’ancienne maison RADIGUET qu’il fut appelé à diriger rapidement, il contribua au perfectionnement des appareils mis à la disposition du corps médical. Pendant la Grande Guerre il fut affecté au service d’une voiture itinérante de radiologie. Une quinzaine de voitures furent ainsi aménagées ce qui permit d’examiner les grands blessés, sauvant ainsi de nombreuses vies humaines tandis que Mme MASSIOT tenait la maison paternelle pour continuer la fabrication des appareils de radiologie. Le musée historique des Invalides et celui du Val-de-Grâce conservent le modèle réduit de cette première automobile équipée d’un appareil de radiologie. Entre les deux guerres, la radiologie prit un essor considérable, à tel point que l’usine MASSIOT de Courbevoie, ses agences de province et de l’étranger, groupaient plusieurs centaines de personnes. L’âge de la retraire venu, Georges MASSIOT s’est retiré tout naturellement à Croisilles, propriété acquise par son grand-père en 1849, à 4 kilomètres de Nogent-le-Rotrou, située sur la commune de Berd’huis (Orne).
C’était un visionnaire. Pour lui le patrimoine c’était l’avenir. Il avait toujours pensé que le Perche par ses sites et monuments devait être mis en valeur pour lui trouver de nouvelles ressources économiques dans le tourisme. Si cette idée apparaît aujourd’hui comme une évidence, elle était tout à fait novatrice au lendemain de la Seconde Guerre mondiale à tel point que Georges MASSIOT a, malheureusement, perdu bien des combats. Un certain nombre de monuments de grande qualité architecturale sont tombés sous les coups de pioche des démolisseurs notamment dans le vieux quartier du Pâty de Nogent-le-Rotrou comme la maison Saint-Etienne (dite maison de bois) dont quelques pièces sculptées sont conservées au château Saint-Jean.
Fabrice DESCHAMPS : Pourquoi a-t-il créé les Amis du Vieux Nogent ?
Alain MORIN: C’est pour donner corps à ses idées que Georges MASSIOT a décidé de créer le 23 avril 1947 les Amis du Vieux Nogent. Il avait été traumatisé par la destruction de la chapelle du manoir de Courboyer, à Nocé (Orne). L’association naissante avait pour but : « la conservation des souvenirs du passé et la protection des sites de Nogent-le-Rotrou en particulier, et du Perche en général. » Troisième partie la semaine prochaine.
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