Margon Légende de la Bourbonnaise 1
à Margon, près de Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir)
C'était aux temps des croisades. Un seigneur de Courcelles, château dont on voit les ruines dans la commune Vichères (Eure-et-Loir), entraîné par sa foi ardente, ceignit sa poitrine du signe des croisés, et partit pour la terre sainte à la suite du comte du Perche, son suzerain.
Il laissait derrière lui sa femme bien-aimée et sa fille Renée, âgée à peine de seize printemps. Avant de partir, voulant se réserver de choisir lui-même à sa fille l'époux qui lui conviendrait, il fit promettre à sa femme de ne disposer de la main de Renée qu'en faveur du chevalier porteur de l'anneau paternel et du consentement scellé des armes de la maison de Courcelles.
Or deux chevaliers soupiraient pour la fille du croisé : c'étaient le seigneur de Nogent et le sire de la Manordière château voisin de celui de Courcelles. Ce dernier avait déjà offert précédemment son cœur à Marguerite des Radrets (Les Radrets : château situé non loin de Mondoubleau, pendant quelque temps résidence de Racine), châtelaine de Margon, qui l'avait accepté ; mais cet amant volage, changeant tout à coup d'affection, s'éprit fortement des charmes de l'héritière de Courcelles.
Les soins qu'elle lui prodigua dans le pansement d'une blessure qu'il reçut en défendant le manoir qu'elle habitait ne firent qu'augmenter son amour : ses soupirs furent entendus, et Renée lui permit d'aspirer à sa main. Le sire de la Manordière confia le secret de son cœur à la dame de la Courcelles, qui, cédant aux vœux de sa fille, accueillit favorablement la demande de ce seigneur, mais en lui faisant connaître les conditions imposées par son époux.
On gardait alors une fidélité inviolable à ses promesses : un seul moyen se présentait donc de hâter l'union des deux amants, c'était d'envoyer un messager en Palestine vers le sire de Courcelles, pour le prier de donner son consentement au mariage de Renée avec le sire de la Manordière. C'est ce qu'on fit aussitôt, et un ermite des environs partit pour la terre sainte, porteur des lettres de la dame de Courcelles, où elle faisait le plus pompeux éloge de celui qu'elle avait agréé.
Sur ces entrefaites, une lettre du croisé vint annoncer à son épouse les plus brillants succès, avec l'espoir d'un prompt retour. Pleine de joie, la dame de Courcelles voulut donner une fête pour célébrer ces heureuses nouvelles. Un splendide festin fut préparé à ce dessein ; au nombre des convives vinrent les deux prétendants à la main de Renée ; la dame de Margon y figura aussi, en sa qualité de châtelaine du voisinage. Ayant vu par elle-même la trahison de son ancien amant, elle se promit de venger son amour méprisé et de punir cruellement celui qui l'avait délaissée.Comme le sceau et l'anneau du sire de Courcelles lui étaient parfaitement connus, elle réussit à trouver un artiste assez habile pour contrefaire ces deux objets de manière qu'on ne pût reconnaître la fraude. Munie de ces deux premiers instruments de sa vengeance, elle fit ensuite écrire par son secrétaire un consentement comme venant du sire de Courcelles. Ce consentement était adressé au seigneur de Nogent, et voici la version que nous en ont laissée les chroniqueurs :« Seigneur de Nogent, avant de quitter la vie, j'ai voulu donner un époux à ma fille unique, et c'est vous que j'ai choisi : allez annoncer cette nouvelle à ma famille, et que la volonté d'un père mourant pour le Christ soit fidèlement exécutée. Le pèlerin chargé de vous porter cette lettre vous remettra aussi l'anneau sacré que m'ont transmis mes aïeux, et que vous conserverez religieusement. »...la suite prochainement sur Perche-web
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