Margon Légende de la Bourbonnaise 2

Publié le par perche-web

SUITE.... A l'époque présumée où l'on attendait le retour de l'ermite député par la dame de Courcelles, Marguerite des Radrets choisit un de ses affidés, et après lui avoir donné ses instructions et suggéré les réponses qu'il aurait à faire si on l'interrogeait, elle l'envoya, travesti en anachorète, porter le faux consentement revêtu du sceau de Courcelles, ainsi que l'anneau contrefait, au rival du sire de la Manordière. Séduit par cet artifice, le seigneur de Nogent court transporté de joie au château de Courcelles, montre à la châtelaine le précieux titre qui vient enfin combler ses voeux, et réclame la main de le gente damoiselle. La perfide Marguerite avait si adroitement combiné son stratagème qu'à la vue de l'anneau, de l'écriture et du sceau, l'épouse du croisé et la malheureuse Renée donnèrent complètement dans le piège. La volonté d'un époux, d'un père, était si clairement exprimée que, malgré leur répugnance, elles n'hésitèrent pas à faire le sacrifice, l'une de ses sympathies, et l'autre de son amour. Le seigneur de Nogent conduisit la désolée au pied des autels, où fut consacré leur fatal hymen.

Cependant le sire de la Manodière, impatient de ne pas voir revenir l'ermite député en Palestine, était parti lui-même pour la terre sainte afin de hâter son bonheur. Il y avait rejoint le sire de Courcelles et avait été assez heureux pour lui sauver la vie dans un combat contre les infidèles. Ce service éminent, joint à ses brillantes qualités, aux recommandations de son épouse et aux vœux de sa fille, avait déterminé le croisé à remettre au preux paladin les témoignages à l'accomplissement de ses désirs.

Le sire de la Manordière revenait en France, plein de joie et d'espérance, lorsqu'à son arrivée il apprit que Renée était unie à son rival et qu'il devait son malheur à la trame la plus infernale. A son tour, il ne rêva plus que la vengeance ; tous ses soupçons tombèrent sur son ancienne amante, et il la cita à comparaître devant la cour judiciaire et souveraine du pays. Les informations qu'il prit, le zèle surhumain qu'il mit à poursuivre son ennemie, peut-être même quelques révélations indiscrètes échappées à un amour cruellement blessé, amenèrent contre l'accusée des charges si accablantes que la vérité parut dans tout son jour.

Convaincus de la culpabilité de la perfide Marguerite, les juges rendirent une sentence qui nous a été conservée. Elle portait que l'auteur de ces faux serait d'abord pendue et étranglée, traînée ensuite sur une claie, son cadavre brûlé et son manoir livré aux flammes ; que ses prés seraient desséchés, ses arbres arrachés, et tous ses biens confisqués au profit du seigneur de Nogent, qui sortit de l'enquête pleinement justifié ; enfin que pour perpétuer à travers les âges, jusqu'aux générations les plus reculées, l'exécration de la mémoire de la dame de Margon, on brûlerait, le 22 juin de chaque année, en présence du peuple assemblé et réuni au son des cloches, un mannequin ou effigie représentant la châtelaine.

En effet, chaque année, au mois de juillet, le jour de notre-Dame du Mont-Carmel, fête patronale de l'endroit, la petite commune de Margon voit renouveler l'autodafé de la Bourbonnaise (c'est le nom qu'on a donné, nous ne savons pourquoi, à ce mannequin représentant la dame de Margon). Tous les enfants maudissent au passage l'infâme châtelaine, en attendant avec impatience le moment où les flammes viendront encore une fois faire justice de la coupable Marguerite.

IN La France pittoresque. Guide des richesses de France depuis 1999

 

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