Julien Cendres invité de Perche-Web

Publié le par perche-web

Ivann Lamy : Dans le beau texte Écrire le Perche, vous brossez le « portrait » d'un Perche romantique et poétique. Est-ce un parti pris littéraire, ou percevez-vous vraiment ce pays ainsi ?

Julien Cendres : Nul romantisme, de mon point de vue, dans les lignes auxquelles vous faites référence... ni dans aucun autre de mes textes, d’ailleurs ! Mais une approche poétique, absolument, la seule qui vaille selon moi la peine d’écrire : qui suggère plutôt que d’affirmer, qui propose plutôt que d’imposer – et surtout qui engage, l’auteur autant que le lecteur, vers la plus grande ouverture possible. Un parti pris au départ pour mieux traduire, en effet, ma perception intime... dont j’espère, paradoxalement (?), qu’elle rencontre in fine le plus large écho !

Ivann Lamy : Rémy Belleau, Roger Martin du Gard, Octave Mirbeau, Alain ou Marcel Proust sont d’autres écrivains liés au Perche. De qui vous sentez vous le plus proche ?

Julien Cendres : Je ne sais malheureusement pas qu’un écrivain puisse jamais se sentir proche de quiconque ! Tout au plus, découvrant l’œuvre de tel où tel, ai-je éprouvé ça et là – dans l’expression d’une solitude, d’une étrangeté, résignée comme transgressive, vertigineuse toujours – quelque impression diffuse de « reconnaissance » (au sens littéral du mot, s’entend) : à cet égard, parmi ceux que vous nommez, seuls Marcel Proust et Octave Mirbeau me concernent parfois... chacun à sa manière.

Ivann Lamy : Si vous deviez en partir, quel souvenir garderiez-vous du Perche ?

Julien Cendres : Où que l’on aille, chacun le sait, c’est avec soi que l’on voyage... Ainsi est-il probable que le Perche, où je vis depuis 1992, resterait tout entier en moi comme le sont restés Paris, l’Île-de-France où je vécus auparavant.

 

Ivann Lamy : Quelle idée, quel projet ou quelle manifestation aimeriez-vous voir naître dans le Perche ?

Julien Cendres : Dès mon arrivée à La Perrière, j’ai quelque peu délaissé l’écriture pour m’engager dans la revalorisation du patrimoine bâti (avec le soutien précieux de Nicolas Gautier, directeur du service départemental de l’architecture) et la sauvegarde du filet brodé ou perlé traditionnels – magnifiquement rejoint, pour cette deuxième aventure, par Chantal Thomass. Administrateur de l’écomusée du Perche (que dirige Évelyne Wander avec tant de talent) et membre de la commission de préfiguration du parc naturel présidée par l’éminent Philippe Siguret, j’ai notamment milité en faveur de la création d’une « maison de la forêt » sur le site de l’ancienne usine Dreux : au lieu de la plus grande friche industrielle de l’Orne, un projet pédagogique pertinent sur le plan historique et sur le plan écologique... finalement abandonné, et d’autres avec lui, pour de piètres raisons politiciennes ! S’il n’en reste pas moins que tout ce qui tend à promouvoir la richesse innombrable de ce territoire remporte mon adhésion, sans doute est-ce moins naïvement désormais...  (entretien réalisé le 10 décembre 2006)

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« Écrire le Perche, c'est décrire l'éclairage voilé de saisons indécises, des brumes opalines que l'on croirait imaginaires, un songe étale. C'est dire, détour après détour, un pays mystérieux de silence et de secrets, une identité profonde, archaïque – un paysage intérieur. »

Julien Cendres, Le Pays de Perche Photographies de Christian Vallée (coédition Concept Image/Proverbe)

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Julien Cendres, né à Versailles en 1961, vit à La Perrière depuis 1992. Il est l’auteur de Déserts… (Les Lettres Libres, 1982 ; Saint-Germain-des-Prés, 1983), Solitudes foisonnières (Les Lettres Libres, 1985), À la splendeur abandonné (Régine Deforges, 1991 ; Joëlle Losfeld, 2002), Affinités licencieuses (Régine Deforges, 1991 ; Mille et une Nuits, 2003), Femme selon Chantal Thomass (Flammarion, 2001), Le Pays de Perche (Proverbe, 2005), Dimanche à Cuba (Hermé, 2006), et de nombreux textes parus dans divers magazines ou revues littéraires – Les Lettres françaises, Lu, La Quinzaine littéraire, L’Infini, Sarrazine, Vagabondages, etc. En collaboration avec Chloé Radiguet, il a publié les Œuvres complètes et l’Œuvre poétique de Raymond Radiguet (Stock, 1993 et La Table ronde, 2001), Le Désert de Retz, paysage choisi (Stock, 1997) ainsi que Raymond Radiguet, un jeune homme sérieux dans les années folles (Mille et une nuits, 2003).

 

Le Pays de Perche (éditions Proverbe) est en vente chez votre libraire au prix de 36 €.
Il est également possible de le commander par mail à
concept.image@wanadoo.fr,
par fax au 02 33 73 19 44, ou par téléphone au 02 33 73 01 30 (port gratuit).

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