Authon-du-Perche Jean Le Moal Peintre
Jean Le Moal
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Jean Le Moal (30 octobre 1909, Authon-du-Perche) est un peintre non figuratif français de la Nouvelle École de Paris.

La vie et l'œuvre
Jean Le Moal naît à Authon-du-Perche (Eure-et-Loir) le 30 octobre 1909 . Il passe plusieurs de ses années d'enfance en Ardèche où il reviendra souvent vivre et peindre par la suite, et séjourne également en Bretagne.
Interne à partir de 1923 au lycée d'Annecy, déjà il aime dessiner, modeler le plâtre. Il s'inscrit à l'École des Beaux-Arts de Lyon en 1926, fréquente le musée où il s'initie à l'histoire de la peinture, et lit les œuvres d'Élie Faure.
Quand il s'installe à Paris en février 1929, il découvre Cézanne (dont il copie Les joueurs de cartes), Le Corbusier, et toute la peinture contemporaine: le cubisme, le fauvisme,Othon Friesz, Modigliani, Soutine, Derain. Au Louvre, il copie également Jean Siméon Chardin, Renoir, Rembrandt, Murillo, Poussin. Il fréquente simultanément les Académies de Montparnasse.
En 1931 il fait la connaissance d'Alfred Manessier et en 1935 de Jean Bertholle qui resteront ses amis. Il abandonne la peinture sur le motif, mais peint toujours des paysages, comme en témoignent ses Menhirs de 1935. Il compose également des tableaux d'intérieurs où il conjugue construction cubiste et climat surréaliste. Avec Alfred Manessier, il s'inscrit à l'Académie Ranson, où Roger Bissière a un atelier de fresque, après y avoir enseigné la peinture. Le Moal fait aussi de la sculpture en compagnie d'Étienne Martin.
Il expose avec Roger Bissière, Jean Bertholle et quelques autres, à Paris en 1936, puis à Lyon pour le Salon d'Automne avec ceux qui constitueront le groupe "Témoignage".
En 1937, après avoir rencontré Robert Delaunay il travaille avec Bertholle et Manessier à la décoration du pavillon des Transports à l'Exposition Internationale des Arts et Techniques, et avec Jean Bazaine à celle du Pavillon des Auberges de Jeunesse.
Son expérience de décorateur pour des pièces jouées par le théâtre des Quatre Saisons en Bourgogne en 1939 puis à Lyon de 1940 à 1942 l'amènera à approfondir sa conception de l'espace en peinture.
L'exposition des "XX Jeunes Peintres de Tradition française", avec Bazaine, Bertholle, Charles Lapicque, Manessier, Edouard Pignon, Gustave Singier, etc., à la Galerie Braun en 1941 était une façon de manifester contre l'idéologie nazie qui condamnait "l'art dégénéré". C'est dans cette période que se constitue ce qu'on appellera la Nouvelle École de Paris, dont Le Moal sera un des représentants majeurs. En 1943, ce groupe expose avec Jacques Villon à la Galerie de France (inaugurée en 1942), qui deviendra un des hauts lieux de la peinture non figurative. Le Moal compose dans le Morbihan une nouvelle série d'intérieurs, souvent avec la présence d'une jeune fille accompagnée d'instruments de musique. Ses expériences en matière de décors de théâtre sont très perceptibles dans son style. On dénote aussi l'influence des tableaux de Picasso, et notamment des portraits de Dora Maar de 1937, dans le traitement des mains par exemple. Il n'abandonne pas pour autant les paysages bretons, comme en témoigne Conlau (1944).
Après une exposition avec Manessier et Singier à la prestigieuse Galerie Drouin en 1946, Le Moal se rapproche de l'abstraction, par exemple avec Calvaire (1947), Composition abstraite (1949).
Dans les années 50, il revient au décor de théâtre, avec Un chapeau de paille d'Italie de Labiche, Noces de sang de Lorca, Intermezzo de Giraudoux, L'Annonce faite à Marie de Paul Claudel. De cette époque date son engagement dans l'art sacré. Grâce au chanoine Ledeur, il se voit confier des restaurations d'églises. Il séjourne régulièrement durant l'été en Ardèche, chez le peintre Eudaldo, à Alba-la-Romaine que fréquentent de nombreux artistes, notamment Stanley Hayter, et son style évolue de façon significative.
Sa femme, le sculpteur Juana Muller, meurt en 1952 et dans des conditions difficiles il ne peut plus se consacrer entièrement à la peinture.
« De cette période douloureuse, l'œuvre par la suite ne portera aucune trace. Aucune révolte, aucun pathétique de surface ne viendront en orienter le développement. Le Moal dans son activité créatrice reste l'homme d'un secret parfaitement efficace: cette longue retraite devient peu à peu pour lui l'occasion d'une réflexion sur soi-même et d'un approfondissement des moyens picturaux. Alors que tous le croient arrêté, c'est à ce moment précis qu'il reprend sa marche en avant et pénètre dans une sorte de nouveau monde qu'il avait à peine entrevu » (Camille Bourniquel, Jean Le Moal, Le Musée de poche, 1960).
Les titres de ses tableaux font alors de plus en plus référence à des réalités perceptibles: Les arbres (1952), Le verger (1953), La Saint-Jean d'été (1955), Givre (1955-1956). Comme chez son ami Alfred Manessier, l'ancrage dans le réel est très prononcé, même si leur palette et la structuration des œuvres sont bien différentes. Redécouvrant en 1958 l'Ardèche de son enfance son style évolue de façon significative.
Un grand vitrail pour l'église Notre-Dame de Rennes lui est commandé en 1956, et en 1957, il travaille aux vitraux du baptistère de l' Église Saint-Martin de Brest (église pour laquelle il en réalisera d'autres en 1961), à ceux de la crypte, au pavement et à une mosaïque murale pour l' Église du Sacré-Cœur d'Audincourt. Avec Alfred Manessier il réalise également en 1958 les vitraux de Notre-Dame du Pouldu.
Après avoir de nouveau exposé en 1956 et 1959 à la Galerie de France, il rejoint dans les années 1960 la Galerie Roque où il côtoie Jean Bertholle et Elvire Jan.
Il réalise en 1965 une grande tapisserie pour le choeur de l'église Notre-Dame de Rennes (18m²). Les tisserands en sont les Plasse-Le Caisne, qu'il a présentés à Manessier après avoir fait leur connaissance en 1949. Il part ensuite pour accompagner une exposition itinérante de peintres français en Amérique du Sud (Chili, Pérou). La découverte des paysages des Andes donne à sa palette des tons plus chauds et les formes sont moins délimitées par le dessin.
En 1966 il compose une mosaïque pour le lycée français de Bruxelles, et travaille à des vitraux pour l'église Saint-Louis de Besançon (Doubs), puis de 1968 à 1971 aux vitraux de la cathédrale de Saint-Malo (300m²).
Une grande exposition de son œuvre a lieu de nouveau à la Galerie de France en 1974. De cette année date le début d'une série de grandes toiles peintes dans son atelier d'Ardèche, à Alba-la-Romaine, sur les thèmes des Andes, de la mer, de la campagne, des saisons…
De 1978 à 1988 il réalise les vitraux de la cathédrale de Nantes (500m²). Dans ce domaine de l'art, ces grandes verrières constituent son œuvre majeure. La richesse des nuances et des tonalités, parfaitement adaptées aux différentes parties de l'édifice, ne nuisent en rien à la vocation spirituelle du lieu, bien au contraire. Le Moal a su, à Nantes, comme Manessier à Abbeville, respecter l'architecture et éviter de transformer une église en galerie d'art. Un tableau a rarement pour fin de se trouver ici plutôt que là. Par contre l'édifice est imposé à l'artiste lorsqu'il compose ses maquettes: les vitraux doivent être faits pour cette architecture, ce qui demande à la fois maîtrise et humilité, vertus que Le Moal a parfaitement conciliées dans la cathédrale Saint-Pierre.
"Le problème qui se pose à Jean Le Moal est de donner fois une lumière suffisamment grande dans le chœur pour soutenir la clarté d’un vaisseau de 107 mètres. Il prend le parti de garder des teintes claires dans le chœur et le déambulatoire pour ne pas être en rupture avec la nef. En outre, afin de densifier le vitrail sans forcer sur la couleur, il utilise la grisaille de manière très soutenue. La cathédrale, placée en hauteur est, par ailleurs, située dans un espace dégagé, aucune construction ne venant assombrir l'intérieur. L'utilisation de grisaille permet alors d'éviter à l'édifice d'être trop ébloui. Les parties les plus hautes, recevant une lumière plus vive, nécessitent donc plus de grisaille. En outre, pour s'accorder à l'architecture gothique flamboyante, Jean Le Moal choisit une qualité de couleur elle-même flamboyante, jouant avec des "notes majeures", chaudes, et des "notes plus aiguës et plus froides", le tout traité dans un rythme ascendant en équilibre avec l'élévation des piliers. (…) Dans son dernier projet, l'artiste donne au vitrail des couleurs plus chaudes et plus soutenues au centre du vitrail. Il lui confère néanmoins la clarté souhaitée en maintenant des tons froids sur le pourtour. L'ensemble est caractérisé par le passage de valeurs très colorées au blanc donnant une grande transparence et une grande clarté.
D'autre part, Jean Le Moal s'intéresse tout particulièrement à la grande rose de la façade occidentale. Il réutilise les morceaux de verre ancien donc dans sa composition non figurative. En outre, il conçoit le vitrail de la rose comme un écho à ceux du chœur. Les couleurs se répondent entre les deux parties de l'édifice. Christine Mesmer rend témoignage à la réalisation de Le Moal : "Les vitraux de Le Moal à Nantes ont donné une vie et une chaleur à la cathédrale qui était un lieu assez ingrat, très triste et de lumière très froide à cause de la pierre blanche."" (Hélène Claveyrolas, L'intégration des vitraux des peintres de la Nouvelle École de Paris dans les monuments anciens après 1945, DEA d'Histoire de l'Art, Paris IV-Sorbonne).
De 1985 à 1987 il travaille aux vitraux de la cathédrale de Saint-Dié-des-Vosges, en compagnie notamment de Manessier, Bazaine et Elvire Jan. En marge de toute intention symboliste comme de toute visée seulement décorative, son travail, selon Jean Le Moal, "doit avant tout créer, dans un espace donné, une lumière telle qu'on se trouve saisi par (un) climat, de prière pour ceux qui désirent prier, de repos, de silence et de gravité pour ceux qui ne prient pas." (Propos rapportés par Michel-Georges Bernard, in Sculpter la lumière, Le vitrail contemporain en Bretagne, Château de Kerjean, 1999, et Chartres, 2000 [ISBN 2951578504]).
Jean Le Moal fait partie des peintres réunis pour l'exposition "L'Envolée lyrique, Paris 1945-1956" présentée au Musée du Luxembourg (Sénat), avril-août 2006 (Composition, 1955, Henie Onstad Kunstsenter, Oslo) [catalogue : ISBN 8876246797].
"Si la peinture de Jean Le Moal ne se construit pas décorativement à partir d'un vocabulaire figé de figures, lignes, taches ou gestes, elle ne décrit ni les rivages de Bretagne, ni les collines de l'Ardèche, ni le plateau des Andes que les toiles évoquent dans leurs titres. De manière plus complexe et plus enrichissante, à l'occasion de paysages différents, c'est la peinture que le peintre chaque fois voit différemment. Devant les provocations du monde qu'éveille activement son travail, graphisme serré des gréements ou des arbres, formes plus tourmentées des sources et des torrents, des garrigues et des rochers, lumières pures de l'océan ou de l'été, c'est, au-delà d'une simple multiplicité de visions, quelque dimension nouvelle de son langage qu'il apprend à reconnaître. Déplaçant son attention, modifiant l'équilibre librement ouvert des éléments qui le composent, c'est une nouvelle approche du visible qu'il sait alors découvrir." (Michel-Georges Bernard, Jean Le Moal, coll. "Polychrome", Neuchâtel, Ides et Calendes, 2001).
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